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Corée du Sud : de 1950 à nos jours

02 janvier

Si la Corée du Nord se relève rapidement au sortir de la Guerre de Corée (1953) grâce à l'aide de l'Union soviétique, la Corée du Sud, dirigée par le président Rhee Syngman [1], peine à se relancer, le pays ayant été entièrement dévasté. Plus aucune infrastructure et des capacités de production réduites à néant ; les réformes pour la redistribution des terres n'aident pas et offrent au gouvernement d'avantage de pouvoir qui devient de plus en plus autoritaire (héritage de la colonisation japonaise ?). Ceux qui survivent à ces réformes intègrent rapidement le sens du mot "capitalisme" (Hyundai, Samsung, etc.). Dans les années 50, la Corée du Sud vit de l'aide extérieure (sucre, farine,...). Les Etats-Unis, premier soutien de la Corée du Sud, souhaitent réduire l'avancée rapide des grandes puissances que sont l'URSS et la Chine, et débloquent pour cela un fonds de 18,5 milliards de dollars de soutien économique pour Taïwan et la Corée du Sud entre 1946 et 1978. La Corée obtient ainsi 6 milliards de dollars sous forme de subventions et prêts, un montant quasi-aussi important que ce que les USA accordent à la même époque au continent africain (6,89 milliards).

1960 signe le début d'une industrialisation orientée vers l'export. Une révolution étudiante en avril à l'encontre du gouvernement pousse Rhee vers la sortie et le 16 mai 1961, le général Park Chung-Hee [2] fait un coup d'état et prend le pouvoir avant d'être élu en 1963. Le gouvernement militaire prend via le ministère des finances 31% des parts de toutes les banques commerciales. De nouvelles banques publiques voient le jour. Au début de son mandat, Park ne souhaite pas créer une industrie tournée vers l'export mais veut faire de la Corée un pays capable de compter sur ses propres industries. C'est dans ce sens qu'une normalisation des relations avec le Japon a lieu afin d'obtenir des prêts, des investissements et davantage de capitaux en 1965. La "stratégie de développement de la Corée" se définit par l'attraction d'investisseurs. De 1961 à 1970, la croissance économique annuelle moyenne de la Corée est de 8.5% soit l'une des plus rapides du monde et la croissance annuelle moyenne des exportations est de 35.5%. La mise en place d'un état, l'aide étrangère et la Guerre du Vietnam sont une formidable aubaine pour acheter des progrès économiques et industriels majeures et rejoindre le niveau de développement de la Corée du Nord. La dette étrangère s’accroît exponentiellement passant de 200 millions de dollars en 64 à 2,9 milliards de dollars en 1971.


Le ralentissement économique mondial de 1970 empêche le développement des exportations (+37% en 1969, +34% en 1970, +28% en 1971) et font émerger un esprit protectionniste. En 1972, le régime de Park Chung-Hee entre dans sa phase la plus autoritaire avec la constitution Yushin qui légalise sa dictature. L'État intervient pour développer l'industrialisation du pays : en 1973, le gouvernement met en place des ressources financières afin de supporter un plan de soutien aux industries lourdes et chimiques et oblige parallèlement les commerces ne fonctionnant pas à fermer. Le régime de Park ne supporte qu'une partie très spécifique des industries. C'est ainsi que seulement 14% des commerces stratégiques obtiennent 50% de réduction d'impôts et 70% de baisses tarifaires. Les chaebols ont le nez creux et se lancent dans les industries lourdes : naval, automobile, machines, raffinerie, acier, pétrochimie, électronique. Les équipements industriels Made in Korea remplacent petit à petit les machines importées des Etats-Unis et du Japon réduisant ainsi le déficit de la balance commerciale. Le boom de la construction au Moyen-Orient profite aux travailleurs sud-coréens qui établissent des bureaux sur place. De 76 à 78, le taux de croissance moyen annuelle est de 12.33%. Le 26 octobre 1979, Park Chung-Hee est assassiné par son ami Kim Jae-Kyu, alors chef de la police secrète. En décembre, le général Chun Doo-Hwan [3] fait un coup d'état et prend le pouvoir, au grand désespoir de la jeune génération qui se soulève en mai 1980 à Gwangju pour soutenir le leader démocrate Kim Dae-Jung.

Des forces spéciales sont envoyées sur place et opèrent un véritable massacre (des milliers de jeunes sont tués). Jusqu'en 1987, des mouvements auront lieu un peu partout en Corée. Le régime militaire n'est pas aussi efficace que le régime de Park Chung-Hee le fut. Le pays assiste alors à une libéralisation progressive de son économie. Les chaebols trouvent leur propre stratégie de développement. Les manifestations de juin 1987 ont raison du régime et poussent le pouvoir à procéder à des élections démocratiques. Trois candidats : Kim Dae-Jung et Kim Young-Sam font face à Roh Tae-Woo [4], ancien général et allié de Chun Doo-Hwan. Les deux Kim partagent les voix d'opposition et offrent la victoire à Roh. Des changements ont lieu dans le monde du travail avec des relation améliorées, des salaires en hausse (+10.4% en 1987, +20% en 1989) et des heures de travail réduites (51,9 heures par semaine en 1987 contre 47,5 heures en 1993). 1 300 syndicats voient le jour (principalement dans les chaebols hormis Samsung qui n'a aucune politique syndicaliste). La balance commerciale est en surplus à 4,7 milliards de dollars en 1986 puis 14 milliards de dollars en 1988. Mais les problèmes commencent à arriver.

Le coût du travail ne cesse d'augmenter et des marchés globaux compétitifs voient le jour via la Chine et les pays d'Asie du Sud-est qui sont supportés par des investissements japonais massifs et développent des politiques tournées sur les exportations. La croissance des exportations passent de 28.4% à 4.2% entre 88 et 90. Sur ces trois années, les investissements dans les nouveaux outils de production (+142%), l'automatisation de la force de travail (+120%) et la recherche et le développement (+73.4%) sont les nouvelles priorités du gouvernement. Les importations des biens en capitaux tirent la balance commerciale en déficit avec -9,1 milliards de dollars en 1990 pour atteindre au fil des années -20 milliards de dollars en 1997. La crise financière asiatique frappe la Corée du Sud. Drôle de cadeau pour Kim Dae-Jung [6], élu président la même année. Entre 1985 et 1998, les investissements directs étrangers explosent : de 591 millions de dollars à 4,740 milliards de dollars. Les flux financiers se libéralisent, les crédits ne cessent d'augmenter. Élu en 1993, Kim Young-Sam [5] n'est pas capable de coordonner les investissements et de contrôler les banques marchandes privées. La Corée est trop dépendante des emprunts étrangers : 104,7 milliards de dollars en 1996 dont 68% sont des emprunts à court terme. Le ratio entre les revenus et les ventes dans les industries chutent à 0.53% en 96 face aux montants astronomiques devant être remboursés. Les chaebols commencent à craquer dès cette année là (Kia, Hanbo Steel). Les mesures de renflouement votées par le FMI pour aider la Corée du Sud à s'en sortir portent sur 58,3 milliards de dollars : 21 milliards viennent du Fonds Monétaire, 10 milliards de la banque international pour la reconstruction et le développement, 4 milliards de la banque asiatique de développement et 23,3 milliards des Etats-Unis et autres pays développés. 1998 est une année de politique d'austérité et de stabilisation. Le secteur financier est restructuré, cinq banques commerciales ferment et cinq autres fusionnent, le taux d'intérêt est de 30%, 22 828 sociétés font faillites, des vagues de licenciements poussent le taux de chômage à 8%, croissance négative de -5.8%. Le retour à la normal s'opère en 1999.



La période d'après-crise oblige la Corée à libéraliser son marché et le secteur financier. Jusqu'en 2007, près de 800 institutions financières dans la tourmente sont éliminées quand les plus viables sont recapitalisées par l'argent du contribuable et reviennent sur le marché domestique et des investisseurs étrangers. Autour de 65% des parts des entités du secteur des banques commerciales sont contrôlés par les investisseurs étrangers en 2006 (six des sept plus grandes banques sont maintenant contrôlées par des capitaux étrangers). Le marché boursier coréen compte de plus en plus de parts étrangères : 14,6% en 1997 contre 37.3% en 2006. En 2002, huit grandes corporations publiques dont Korea Telecom, Posco et Korean Tobacco sont privatisées. En décembre, Roh Moo-Hyun [7] prend la présidence de la république et, s'il ne poursuit pas dans un premier temps la politique de privatisation lancé par son prédécesseur, il lance une politique agressive de négociations d'accords de libre échange via l'OMC (organisation mondiale du commerce). Alors que les négociations via l'OMC n'avancent pas, le gouvernement de Roh réussit à signer des accords avec le Chili (avril 2004), Singapour (mars 2006), l'association européenne de libre échange (septembre 2006) et l'ASEAN (juin 2007). La Corée du Sud se globalise et se focalise dans un premier temps sur l'Asie avec 51% des 11,8 milliards de dollars d'investissements investis par la Corée sur le continent asiatique en 2006. La Chine prend la place des USA et devient le premier partenaire de la Corée qui échange des biens de plus en plus qualitatifs (de l'agricole dans les années 80 aux produits manufacturés dans les années 2000) : 24.2% des exportations vont vers la Chine, suivi des USA (10.2%) et de l'Union européenne (10.1%), et 16.5% des produits importés sont chinois, suivi de 13% pour le Japon et 9% pour l'UE. Si la Corée devient moins dépendante des trois grandes puissances que sont les USA, l'UE et le Japon, la Chine elle fait le chemin inverse (70% des échanges en Asie portent sur des produits intermédiaires et la demande finale en Chine ne compte que pour 6.4% du total du commerce en Asie, soit la moitié du Japon et moins d'un quart de la demande américaine). 2007, le président Lee Myung-Bak [8] est élu.

Lee va poursuivre la politique d'ouverture du pays en signant des accords de libre échange avec des partenaires clés : l'Union européenne (juillet 2011) et les Etats-Unis (mars 2012). Il fait cependant face à une montée de problèmes au niveau national. Depuis la fin de la crise financière, la proportion des actifs détenus par 20% de la population n'a cessé d'augmenter pour atteindre 71% du total des actifs des ménages en 2007. Bref, les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent. Le coefficient de Gini (ratio entre les revenus des 10% les plus riches et des 10% les plus pauvres) n'a cessé d'augmenter passant de 0,257 en 1992 à 0,321 en 2008. Parallèlement, Lee Myung-Bak, ancien cadre de Hyundai, laisse les chaebols prendre le contrôle de la balance commerciale. La pression sociale se fait grandissante. Les manifestations à l'encontre de la politique du gouvernement (principalement de l'accord de libre échange avec les USA) se multiplient. 19 décembre 2012 : Park Geun-Hye [9] relance le parti au pouvoir en devenant la première femme présidente de Corée du Sud. Les 20-50 ans votent majoritairement en faveur de son opposant, Moon Jae-In, alors que les plus de 50 ans choisissent Park. Probablement la nostalgie du régime conduit par son père, Park Chung-Hee. (pour en savoir plus sur Park Geun-Hye, cliquez ici)


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