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Park Geun-Hye est élue nouvelle présidente de Corée du Sud

19 décembre


Park Geun-Hye (60 ans), candidate du parti conservateur Saenuri, qui signifie "Nouvelle Frontière", le parti au pouvoir, a remporté (les résultats sont désormais sûrs) aujourd'hui les 18e élections présidentielles de Corée du Sud, devançant Moon Jae-In, candidat du parti d'opposition, le Minju Tonghap (parti démocrate unifié), par 3,6 points d'écart (soit 1 080 496  voix d'écart). Le résultat final de cette élection est très proche du résultat des élections françaises du 7 mai 2012 (51.6% pour Hollande contre 48.3% pour Sarkozy) avec :

1. Park Geun-Hye : 51.6% (15 773 128 voix)
2. Moon Jae-In : 48% (14 692 632 voix)
3. Lee Jung-Hee : Abandon le samedi 15 décembre
4. Park Jong-Sun : 0% (12 854 voix)
5. Kim So-Yeon : 0.1% (16 687 voix)
6. Kang Ji-Won : 0.2% (53 303 voix)
7. Kim Soon-Ja : 0.2% (46 017 voix)

Le taux de participation atteint les 75.8% soit 30 721 459 votants.
Park Geun-Hye n'était pas une candidate comme les autres. Malgré un bilan très mitigé du président sortant Lee Myung-Bak, son statut de "Fille de Park Chung-Hee" a probablement joué en sa faveur auprès d'une grande tranche de la population, qui a cru au général-dictateur-président de 1962 à 1979, date à laquelle il fut lâchement assassiné par son ami de longue date Kim Jae-Kyu, alors à la tête de la police secrète coréenne (KCIA). Les liens familiaux devraient ressortir dans la presse dans les jours qui suivent cette élection et les comparaisons avec son père quant aux décisions politiques prises seront très probablement le dada des médias locaux au moins pour l'année 2013. Park Geun-Hye prendra ses fonctions en février prochain, succédant au président Lee Myung-Bak, élu en décembre 2007. 

Son programme
Si l'on voulait résumer son programme de campagne en 10 points, voici à quoi cela ressemblerait : 

1. La démocratisation économique pour accroître l'équité
2. La création d'un vrai système d'aide sociale coréen
3. Favoriser les moteurs de croissance et créer des emplois à travers le renforcement de l'économie
4. Établissement d'un esprit de confiance dans la péninsule coréenne (Nord-Sud)
5. Restauration de la crédibilité et mise en place de la création du futur gouvernement à travers une politique d'innovation
6. Un marché du recrutement non-discriminant
7. Accent sur l'économie coréenne ; Dynamisation des zones rurales et promotion des entreprises de petites et moyennes tailles
8. Éducation heureuse pour favoriser le rêve et le talent
9. Garde d'enfants sur-mesure et compatibilité de la vie personnelle et professionnelle
10. Une société sécurisée

Park a tout au long de la campagne présidentielle, comme son opposant Moon Jae-In, défendu l'idée de "démocratie économique", une sorte de socialisme dans lequel l'économie se base sur le marché-libre. Autrement dit, ce ne sont non pas la minorité des actionnaires corporatifs mais le peuple, qui représente l'actionnariat majoritaire de l'investissement public, et les travailleurs-entrepreneurs qui prennent désormais les décisions sur les enjeux sociaux et économiques. L'objectif de cette démocratisation de l'économie consiste à limiter certaines pratiques des chaebols, les grands conglomérats coréens (Samsung, Hyundai, LG, Daewoo, etc.), qui nuisent à l'environnement des petites et moyennes entreprises. La présidente fera en sorte par ailleurs de limiter l'actionnariat croisé qui donne beaucoup trop de pouvoir à un petit nombre d'actionnaires. 

Du point de vue industriel, elle ne souhaite en aucun cas démanteler les chaebols et croit en un environnement harmonieux entre les PME et les conglomérats. Cela signifie certainement un support à l'entreprenariat et des hausses d'impôts limitées pour les sociétés. Au niveau des industries, son attention portera dans un premier temps vers les technologies de l'information et de la communication (TIC). Elle poussera les entreprises à créer des écoles spécialisées dans ce secteur pour créer une main d'oeuvre dynamique et internationalisée, et a annoncé lors de sa campagne qu'elle veillerait à multiplier par dix le débit actuel à Internet (la Corée du Sud est le premier pays au monde en termes de vitesse de connexion et de taux de pénétration à Internet). Idem, le gouvernement va faire en sorte de multiplier le nombre d'accès Wifi dans les villes (10 000 annoncé contre 1 000 aujourd'hui). Selon Park, "la création d'emploi ne peut se faire dans une société comme celle que nous avons aujourd'hui. La création d'emploi doit se baser sur l'innovation dans les technologies de l'information et des sciences".

Concernant les médias, domaine pour lequel l'ancien président a été vivement critiqué en voulant en prendre le contrôle, Park Geun-Hye a annoncé vouloir un environnement sain, transparent. "La gestion des entreprises publiques audiovisuelles doit refléter la diversité de notre société de manière équilibrée. La nomination des présidents de chaînes se fera de manière transparente" indiquait-elle au début de sa campagne. Dans le domaine du social, Park souhaite renforcer l'aide sociale et son financement mais ne compte pas passer par les sociétés. Cela signifie très certainement une hausse des taux d'imposition pour la population dès l'année prochaine.

Enfin, par rapport à l'avenir des relations de la Corée du Sud avec la Corée du Nord, il faut souligner que Park Geun-Hye a dîné à Pyongyang aux côtés du "Cher Dirigeant" Kim Jong-Il en mai 2010 (photo ci-dessous), repas au cours duquel il a répondu favorablement à la question de Park portant sur sa prochaine venue en Corée du Sud comme promis en 2000 lors du sommet historique avec Kim Dae-Jung. Une promesse qu'il n'aura finalement pas honoré puisqu'il est décédé 18 mois plus tard. Lors de sa campagne, Park Geun-Hye s'est montrée favorable à une réunification de manière graduelle, fondée sur une confiance mutuelle entre les deux nations et qui débuterait par un renforcement des liens économiques (projet industriel de Kaesong, support sud-coréen au développement des ressources minières au Nord), puis une unité politique avant une réunification. Elle souhaite également la mise en place de bureaux représentatifs dans les deux capitales afin de faciliter la communication intercoréenne. Parallèlement, un bureau de sécurité nationale sera fondé pour mieux gérer les questions diplomatiques, de défense et l'alliance avec les Etats-Unis. En cas d'agression, Park réagira fermement mais ne nourrira pas de climat violent le long de la zone démilitarisée. Lors de sa campagne, elle s'est engagée à organiser un nouveau sommet intercoréen, le dernier remontant à octobre 2007, à Pyongyang, entre le président Roh Moo-Hyun et Kim Jong-Il. 

Trois autres points retiennent l'attention suite à son élection :
[1] Elle souhaite faire passer un amendement constitutionnel pour réduire le mandat présidentiel de cinq à quatre ans mais en offrant la possibilité au président de faire deux mandats, un projet très bien reçu par l'opinion publique.
[2] En tant que première femme présidente, elle entend défendre la voix des femmes dans la société sud-coréenne. Encore trop d'inégalités existent dans les conditions salariales entre les hommes et les femmes et le système social actuel ne permet pas aux femmes de mener de concert une vie professionnelle et personnelle digne de ce nom.
[3] Une femme à la tête d'un pays encore très encré dans la culture confucianiste, ce n'est pas vraiment banal. Le confucianisme consiste en une classification verticale poussée des couches de la société avec en haut de l'échelle le pouvoir et l'homme, la femme n'ayant aucune influence sur la société. Si le système moderne n'est pas si "rude" dans son approche de la relation homme-femme, il n'en reste pas moins vrai qu'au final, l'homme portera toujours les responsabilités dans le foyer et sera décisionnaire au sein de sa famille. Bref, un vrai challenge/poids pour Park Geun-Hye qui prend la tête de ce pays de 50 millions d'habitants.

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