Le sexe en Corée du Sud : crime, abus, tabou, pornographie

18.12.12

Alors que l'administration du futur ancien président Lee Myung-Bak a toujours prôné pour une réplique sévère envers les "prédateurs" sexuels (coupables de crime sexuel), le rapport annuel sur les crimes dévoilé hier par le bureau suprême des procureurs montre que le nombre de crimes sexuels n'a cessé d'augmenter sous le gouvernement de Lee, atteignant un record en 2011 à hauteur de 22 034 crimes. Un chiffre en nette augmentation puisqu'il prend +61% par rapport aux données enregistrées en 2007. La plupart des crimes sexuels ont lieu dans la capitale,
Séoul, avec 61.4 cas pour 100 000 habitants. La ville est suivie de ses voisines Bucheon à l'Ouest (60.9 pour 100 000) et Suwon au Sud (56.9 pour 100 000). Selon le rapport également, en 2011, 1 054 ont porté sur des enfants de moins de 13 ans dont 250 par des proches de l'enfant (famille, voisin, ami). Les crimes sur les mineurs (carte ci-contre) sont à un niveau élevé (8.6 pour 100 000)par rapport à des pays comme les États-Unis (6.2), la Grande Bretagne (5.1) et l'Allemagne (1).

Les victimes d'abus sexuels sont également concernées par ce rapport. 8.8% sont agressés par des collègues ou leur dirigeant, 8.2% par leur voisin, 7.2% par des camarades de classe, 6.9% par des membres de leur famille, 4.3% par leur conjoint/enfant, et 3.2% par des professeurs ou enseignants. Les étrangers sont responsables de 12.8% de ces violences sexuelles en Corée. Les crimes en général sont également nombreux en Corée avec 1,9 millions de cas l'an dernier dont un tiers se sont passés en pleine journée (entre 8h et 16h) et 15.6% les samedis contre 15% les vendredis, 14% les mardis et 13.9% les jeudis, ne permettant pas de déterminer un jour particulier "plus ou moins favorable" pour être "un jour de crime".


Bref, c'est probablement aussi pour cela que le gouvernement autorise depuis dimanche aux forces de l'ordre  d'entrer dans les foyers d'où provient un appel d'urgence pour violences conjugales, kidnapping ou viol sans avoir besoin de mandat d'arrêt. Une solution qui se limite à permettre les officiers de police à rentrer dans la maison et constater à partir de la pièce principale (ouverture des portes des chambres et autres possible) tout acte criminel. Cette mesure est très bien reçu par les policiers qui estiment que de nombreuses violences sexuelles se sont passées alors qu'il ne leur était pas possible d'entrer de force dans les foyers concernés. Jusqu'à présent, il fallait l'accord du propriétaire pour entrer dans une maison. Désormais, si un propriétaire refuse de laisser entrer les forces de l'ordre, ceux-ci pourront forcer l'accès.


En avril dernier, une jeune fille d'une vingtaine d'années n'avait pu être sauvée des mains de son agresseur alors qu'elle était arrivé à contacter les policiers à partir de la maison où elle a été kidnappée, violée puis tuée. Les policiers avaient visitées 94 maisons du quartier où elle se trouvait, mais n'avait pu entré dans une douzaine d'entre elles dont celle où se passait le crime. Le même mois, à Suwon, la police "laissait" une femme se faire violer et tuer brutalement alors qu'il se trouvait à l'extérieur de la maison où se passait le meurtre pendant une heure et demi. Le public a reçu l'annonce de manière mitigée, car pour certains, il peut s'agir d'une violation de la vie privée, la police pouvant profiter du statut très vague de la "situation d'urgence" pour pénétrer chez n'importe qui.

Peut-être que la question à se poser serait de savoir pourquoi tant de meurtres à caractère sexuel ont lieu ? En Corée du Sud, le sexe reste un énorme tabou. La pornographie, bien qu'elle soit une réalité (premier pays au monde en termes de consommation de matériels à caractère pornographique en 2006 avec 527 dollars dépensés par personne en moyenne), n'est pas vraiment légale, étonnant de la part d'une démocratie développée. Si posséder ou regarder des matériels pornographiques est autorisé, la production, la vente et la diffusion est pénalement condamnable. "Regarder des films pornos sur Internet peut inciter à faire un crime sexuel" disait il y a trois mois le président Lee Myung-Bak. Cette année, en six mois, 6 400 personnes ont été arrêtées pour de la production/revente sur Internet. De multiples antennes gouvernementales fonctionnent main dans la main pour mettre fin à la pornographie dans le pays. Les sites Internet sont interdits par exemple (photo ci-contre, écran s'affichant à la place des sites pornographiques)  et récemment 37 sites ont été interdits et 134 sont sous investigation. Et vous aurez beaucoup de mal à trouver un sex-shop dans les rues de Séoul.

Pour le président de l'association coréenne de sexologie, Youn Ga-Hyun, le manque de différentiation entre les différents types de pornographie a conduit à cette censure publique de tous les contenus. "Pour les autorités, la pornographie correspond à du matériel obscène" insiste-t-il. Et même si plus récemment le gouvernement réduit la censure comme dans des clips vidéos tendancieux, le chemin risque d'être encore long. Au delà du fait que le sexe soit tabou, la réalité montre que le Coréen est réellement traité comme un mineur. Les grandes chaînes télévisées câblées de films (CGV, OCN, etc.) continuent de pixeliser les parties du corps lorsqu'un acteur est nu. Les opérateurs télécoms de leur côté travaillent avec le gouvernement pour créer des outils limitant les accès des mineurs à des contenus dits pornographiques via leurs appareils mobiles. Pour Jae Gi-Sung, responsable de l'organisation Homme de Corée, la censure de la pornographie est directement liée au niveau élevé de crimes sexuels : "vous pourriez comprendre cela plus facilement si vous compreniez le mécanisme du corps masculin. La pornographie peut faciliter et satisfaire les impulsions sexuelles d'un homme". Bref, le sexe est un tabou et il en sera ainsi probablement pendant encore de nombreuses années en Corée.


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