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Corée du Sud, un avenir inquiétant

18 janvier


Il est déjà trop tard pour tirer la sonnette d'alarme. La Corée du Sud a la plus mauvaise qualité de l'air des 35 nations les plus riches (juste devant la Pologne et l'Afrique du Sud, sans parler de la Chine et de l'Inde bien évidemment). Et si le gouvernement essaye de supporter la population en offrant la gratuité des transports en commun aux heures d'embauche et de débauche, cela n'évite pas le pire. Selon l'OCDE (organisation de coopération et de développement économique), le niveau de particules 2.5PM atteint 27.9 microgrammes par mètre cube, contre une moyenne de 13.9 microgrammes chez les pays membres de l'organisation internationale. Pour l'OMS (organisation mondiale de la santé), la limite est fixée à 10 microgrammes pour limiter les problèmes sanitaires futurs.

Les particules très fines 2.5PM entrent dans l'organisme et les poumons. Elles seront la cause de millions (!) de morts dans les années à venir. La pollution de l'air, comme chacun sait, peut provoquer des irritations au niveau des yeux, des syndromes des voix respiratoires supérieures ou encore des problèmes respiratoires chroniques comme de l'asthme, des maladies cardiovasculaires et des cancers des poumons sur le long terme. De manière plus précise, les particules entrent très rapidement dans le corps.

Les macrophages (cellules appartenant aux globules blancs), qui ont pour rôle d'éliminer les substances étrangères, sont alors débordés par la quantité de particules et enflent, créant une plus grande densité sanguine. Selon l'OCDE, d'ici à 2050, les décès prématurés causés par les particules 10PM et 2.5PM atteindront 3.5 millions, contre 1 million en 2000. Un total de 9 millions de morts d'ici 2060, la Corée du Sud se plaçant en troisième position derrière la Chine et l'Inde.

Entre 2005 et 2013, la pollution de l'air par les particules fines a augmenté de 4% dans la péninsule sud-coréenne, la population vivant actuellement les pires années en termes de pollution de l'air (rapport de l'OCDE How's Life? 2017). Mais pourquoi une telle pollution ? Demandez aux Coréens, beaucoup vous répondront la Chine dans la seconde. Mais en fait, les particules fines proviennent principalement de la péninsule. Les fortes concentration de particules fines qui ont par exemple couvert la péninsule du 16 au 18 janvier 2018 avaient pour principale origine des raisons domestiques, selon un responsable du NIER (Institut national de recherche environnemental).

"Une estimation montre que les particules fines en provenance de Chine représentent entre 30 et 50% des particules fines enregistrées en Corée" selon Lim Young-Wook, professeur à l'institut de recherche environnementale de l'université Yonsei. 60 à 80% sont même évoqués lors des pics de pollution. Des données présentées dans un document publié par le gouvernement en juin 2016 évoquant les mesures spécifiques au contrôle des particules fines et utilisées pour prouver l'efficacité des mesures prises au niveau national. Mais cette collecte de données portait sur des émissions polluantes de 2014 et ne reflétait en aucun cas les politiques mises en places par la Corée du Sud et les autres pays. Il est vrai que jusqu'à récemment, les causes externes étaient plus importantes lors de l'enregistrement de fortes concentrations de particules fines, et les causes internes plus importantes lors de concentration d'autres matières polluantes, mais depuis fin 2017, les causes sont aussi bien internes qu'externes, voire plutôt interne. Le gouvernement parle trop rarement des usines de charbon. C'est pourtant 39.1% de la production énergétique sud-coréenne (2014).


Au Sud-ouest de Séoul, à une centaine de kilomètre, on trouve la ville de Dangjin. Cela ne vous parle probablement pas, mais là-bas y a été construit la plus grande centrale à charbon du monde : le complexe énergétique au charbon de Dangjin. A lui seul, elle est capable de produire 5% de l'énergie sud-coréenne via 10 unités gigantesques capable de générer presque 5,900 megawatts d'électricité. Et 26 des 53 centrales à charbon du pays sont dans la même région (Chungcheong du Sud).



Devant cette situation, après son élection, le président Moon a annoncé l'arrêt temporaire de 10 centrales fonctionnant au charbon sur les 59 existantes, et ce pour tout le mois de juin 2017. Les centrales situées dans les provinces de Gangwon, de Jeolla Sud, de Chungcheong Sud et de Gyeongsang Sud fonctionnent depuis 32 à 44 ans, représentent 10,6% de la production d'électricité venant du charbon, soit 3,3 gigawatts, et participent à hauteur de 20% à la pollution émise par les centrales du pays. Ces centrales seront également à l'arrêt de mars à juin 2018, la demande en énergie étant relativement basse sur cette période et la pollution d'air plutôt élevée.

Moon souhaite que ces vieilles centrales soient complètement fermées d'ici la fin de son mandat, en mai 2022. Durant la campagne présidentielle, le candidat a fortement insisté sur la nécessité de réduire le taux d'émission de poussières fines de l'ordre de 30% en réduisant le nombre de centrales au charbon. Pour ce qui est des neuf nouvelles centrales à venir, il souhaite revoir les projets de celles dont le niveau de construction n'a pas dépassé les 10% (voir La dépollution du pays en marche).


Mais la volonté du gouvernement de réduire l'apport énergétique par le charbon n'est pas vraiment ambitieux. Selon le septième plan d'apport énergétique de 2015, le gouvernement souhaite faire passer la demande en charbon de 39.1% à 31.8% d'ici à 2029. La colère monte alors que l'Europe ou encore la Chine cherchent d'autres solutions au charbon et investissent de manière importante dans les énergies renouvelables. La Corée est un des plus gros importateurs d'énergie (fossile et charbon). Et les énergies renouvelables ne représentaient que 3.9% de l'énergie en 2014, contre 25% pour les Royaume-Uni par exemple. Le charbon et le nucléaire restent la priorité avec 90.1% et 85.3% des capacités utilisées, les centrales de GNL (gaz naturel liquéfié) sont à 40.3% de leur capacité en 2015. Également peu ambitieux, l'idée de passer à 20.1% d'énergies renouvelables d'ici à 2029, des pays comme la Suède visant les 100% d'ici 2040 !


Autre priorité, maintenir les relations diplomatiques avec la Chine au beau fixe. Car si le projet LTP (Long-range transboundary air polluants) entre la Chine, la Corée du Sud et le Japon permet de suivre depuis presque 20 ans la pollution dans la région, l'Empire du Milieu ne s'appuie pas vraiment sur ces données lorsqu'il vient à reconnaître que sa pollution influe sur le niveau de pollution de l'air en Asie du Nord-est. Et tant que les analyses transfrontalières ne seront pas plus précises et prises en considération, les efforts de coopération ou unilatéraux ne verront pas le jour. Il faut également noter le comportement de la Chine en matière de pollution de l'air avec une réduction de 31% de la densité des particules ultrafines dans 74 grandes villes du pays entre 2013 et aujourd'hui (50 contre 72µg/m3).


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