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Le marché du film d'animation en Corée du Sud

07 août

Dreamland de Mirai Mizue

Lorsque l'on parle d'animations, le premier mot qui vient à l'esprit est bien entendu : le Japon. Depuis un demi-siècle, les studios nippons ont envahi nos écrans de télévision, à coup de Goldorak*, Dragon Ball Z, Albator, Maya L'Abeille, Les Chevaliers du Zodiak, Sailor Moon, Candy, Ken Le Survivant, Nicky Larson, Juliette je t'aime... et plus récemment les cartons des studios Ghibli** comme Princesse Mononoké (1997), le Château dans le Ciel (1986), Mon Voisin Totoro (1988), le Voyage de Chihiro (2001) pour ne citer qu'eux. Mais quid de la Chine et de la Corée du Sud, voisins du Japon, mais dont les films animés ne trouvent aucune reconnaissance internationale ?

Nicky Larson

Jusqu'à encore récemment, leur rôle était tout simplement un rôle de sous-traitant pour les studios japonais et américains. Le processus est simple. Toute la pré-production se passe dans les studios-sièges (planning, script, designs des personnages, storyboard, disposition), puis afin de procéder à la production, la création des designs est demandée aux studios asiatiques (dessin des cases, coloration à la main, encrage, peinture, travail de caméra), et enfin, tout est ramené en post-production dans les studios-sièges pour l'édition, le timing et le son. La Chine et la Corée ont été les premiers en Asie à profiter de cette stratégie de délocalisation, et désormais, les pays d'Asie du Sud-est commencent à recevoir des travaux du Japon.



Pour la Corée du Sud par exemple, la sous-traitance pour le Japon et les studios occidentaux a été très utile pour l'essor local des studios. Par exemple, c'est la Corée qui a designé et dessiné les cartons américains que sont Family Guy (Les Griffin) et Justice League Unlimited (la Nouvelle Ligue des Justiciers). De nombreux talents ont émergé ces dernières années et la reconnaissance du marché international a commencé à se faire sentir dans les années 90, les studios se focalisant, outre le design de qualité, sur le marketing et les créations familiales. Le premier succès à proprement parler fut Lili, à la découverte du monde sauvage en 2011, l'un des premiers films animés coréens à être diffusé en Europe et en Amérique du Nord.

Family Guy

Le succès de Pororo le Petit Pingouin est également considérable, les studios s'étant inspirés de personnages au caractère fort évoluant dans un univers touchant toute la famille. Au niveau local, Pororo a reçu un grand nombre de prix (Ministère de la Culture et du Tourisme en 2003, Prix du Président en 2006, Mascotte du Métro de Séoul, Pororo Park par le groupe Lotte World, etc.). En 2015, pas moins de 345,8 millions de dollars ont été investis par le gouvernement sud-coréen pour supporter le marché de l'animation jusqu'en 2019 à se développer et accroître les exportations de contenus, le marché international pouvant atteindre les 2,59 milliards de dollars cette année.

Pororo le Petit Pingouin


À la rentrée (septembre-octobre), les festivals s'enchaîneront en Corée du Sud pour les films animés. Le premier sera le 14ème Indi-Anifest 2018 qui se déroulera au CGV Myeongdong Station Cine Library du 13 septembre au 18 septembre. Un festival organisé par l'Association des Producteurs d'Animations Indépendants de Corée qui se concentre sur les productions uniquement asiatiques. Le deuxième, qui est maintenant l'un des plus grands festivals de Corée, est la 20ème édition du Festival International du Film d'Animation de Bucheon qui se déroulera du 19 au 23 octobre.


Le BIAF 2018 propose différentes compétitions comme les courts métrages, les séries télévisées ou encore les productions Internet. Le festival ouvrira sur le court métrage franco-belge Le Grand Méchant Renard et autres contres... de Benjamin Renner et Patrick Imbert, César 2018 du meilleur film d'animation. Parmi les 40 courts métrages sélectionnés, la France sera présente sur 16 films animés dont l'excellent Dreamland franco-japonais de Mirai Mizue, production Carte Blanche et Canal Plus, projeté entre autres au festival international du film d'animation d'Annecy, avec sa bande son française signée Scarlatti Goes Electro.





*D'où vient le nom de Goldorak ?
Dans la version japonaise, le robot s'appelle UFO Robot Grendizer. Un nom qui ne parlera pas beaucoup aux producteurs français qui importent la série en 1978. Le directeur commercial Jacques Canestrier propose le nom de Goldorak, un mélange du terme «Gold», tiré du troisième James Bond Goldfinger, et «Rak», un rappel au héros Mandrake le Magicien (publié dans le Journal de Mickey) - c'est sa fille de 8 ans qui proposera Goldorak et non Goldanrak comme le suggérait son père.

Pour l'anecdote, Jacqueline Joubert, alors directrice de la variété sur l'ORTF (76-78) et de l'unité "jeunesse et famille" d'Antenne 2 (78-89), sera outrée par la mauvaise qualité de Goldorak, signifiant à Canestrier : "Jacques, je suis affolée, je découvre dans mes cartons une horreur qui s’appelle Goldorak. Candy encore c’est mièvre et pourrait passer à la rigueur. Il paraît que ces toi qui nous a vendu cette atrocité ? Mais quelle horreur ! Moi en charge, jamais je ne passerai Goldorak." Ajoutez à cela un scandale raciste dans le générique de la série (à cause de la traduction en français "tu vas sauver notre race, nous redonner la lumière"), et la mort de Goldorak était signée. Mais le PDG d'Antenne 2, Maurice Ulrich, interviendra et après avoir réuni toutes ses équipes, validera au final et au grand bonheur des jeunes Français la diffusion de la série.

** Que signifie Ghibli ?
Hayao Miyazaki, fondateur du studio, est un grand amateur d'aviation et a décidé de donner le nom de l'avion de reconnaissance italien lors de la Seconde Guerre Mondiale, le Caproni Ca.309 Ghibli, à son studio qui aura le rôle d'éclaireur, tout comme l'avion, dans le secteur de l'animation japonaise.

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