En Corée du Sud, la réalité virtuelle pour surmonter les handicaps

17 décembre


En Corée du Sud, environ 2,61 millions de personnes sont considérées comme handicapées et 50% d'entre elles ont un handicap physique. Le taux d'emploi des personnes handicapées était en 2019 de 34,9% - moins de la moitié du ratio des personnes sans handicap - selon les données du ministère de la Santé et du Bien-être social et l'Institut des statistiques de Corée (Kostat). En comparaison, le taux d'emploi des personnes non handicapées était de 60,9%. Le taux des femmes handicapées était bien inférieur à 20,3%. 

En vertu de la loi coréenne, les entreprises privées de plus de 50 travailleurs doivent obligatoirement faire en sorte que 3,1% de leur main-d'œuvre soit des personnes handicapées, et le ratio est de 3,4% dans les institutions et entreprises publiques. Ceux qui n'atteignent pas le quota se voient imposer une pénalité qui varie selon l'entreprise.


Dans le cadre de sa politique de l'emploi, le président de la République a promis d'aider les plus vulnérables de la société. Lors d'un discours sur le programme des dépenses budgétaires de l'année prochaine à l'Assemblée nationale en octobre, Moon Jae-in a ainsi déclaré que le gouvernement offrirait 1,03 million d'emplois directement aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à d'autres personnes vulnérables.

Si l'emploi est important pour ces personnes, il y a aussi la reconnaissance des autres. Et pour cela, les technologies semblent pouvoir jouer un rôle majeur. Un groupe de chercheurs a ainsi trouvé de nouvelles façons d'utiliser la technologie et les jeux en réalité virtuelle (RV) au profit des personnes handicapées, en les aidant à surmonter leurs batailles quotidiennes et en éduquant les autres sur les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés.


Une équipe de quatre chercheurs dirigée par Chang Yoon-hee, de la Rehabilitation Engineering and Assistive Technology Society of Korea, a publié un rapport intitulé « L'influence sur la proprioception, l'équilibre et l'agilité des amputés transtibiaux par la formation au jeu en réalité virtuelle immersive ». Dans celui-ci, ils constatent que les jeux en réalité virtuelle aident les amputés des membres inférieurs au genou à faire de l'exercice, plus qu'ils ne le feraient normalement.

Selon le rapport, les amputés concernés, qui portent une prothèse, doivent faire des exercices musculaires quotidiennement, du genre marcher, s'asseoir, se lever, monter et descendre des marches, etc. Des routines conventionnelles qui entraînent des mouvements répétitifs des muscles mais qui ennuient et fatiguent les personnes. 


En utilisant la technologie RV, les amputés participent à des jeux en tant qu'avatars, pratiquant divers mouvements pour conquérir des missions qui les aident à exercer non seulement les muscles vitaux, mais également d'autres parties de leur corps. Pour l'étude, trois non-amputés et trois amputés ont participé au jeu en réalité virtuelle "Bouge ton corps" (Move your Body en anglais, développé par M-Line Studio) pendant dix minutes, cinq fois par semaine, pendant deux semaines.

Les résultats de l'étude confirment que la fréquence cardiaque maximale pendant l'entraînement a augmenté de 75% par rapport à celle intrinsèque dans les deux groupes, indiquant un niveau d'exercice relativement moyen. « Grâce à ces résultats, il a été confirmé que l'entraînement au jeu immersif en réalité virtuelle est efficace dans la sensation de proprioception, l'équilibre et l'agilité, ainsi que la possibilité de son utilisation comme rééducation. 

Ce n'est pas la première fois que de tels résultats sont publiés. En Europe, une femme de 62 ans s'est rétablie plus rapidement que la normale en jouant à "VR Fruit Ninja", rappelle ce rapport. En Corée, une équipe d'experts dirigée par Seo Han-gil, professeur clinique de médecine de réadaptation à l'Université nationale de Séoul, a co-développé un programme avec Tech Village pour aider les patients souffrant d'un AVC à se rétablir grâce à la technologie RV.


Mais ce ne sont pas seulement les personnes handicapées physiques qui peuvent bénéficier de cette technologie. En octobre, une caserne de pompiers à Hadong, dans la province de Gyeongsang du Sud, a formé des personnes ayant une déficience intellectuelle à la sécurité incendie et aux précautions en utilisant du contenu RV qui les plaçait en situation d'urgence pour échapper à un incendie ou à un tremblement de terre et à utiliser des extincteurs. 

L'année dernière, l'Institut de recherche en électronique et en télécommunications (ETRI) a développé un contenu de réalité virtuelle pour aider à former les personnes ayant une déficience intellectuelle à des opportunités d'emploi potentielles en leur permettant de découvrir virtuellement divers environnements de travail. « Alors que les séances de thérapie utilisant des équipements physiques dans les hôpitaux rendent les gens réticents, l'éducation par le contenu les divertit », analyse le chercheur Lee Gil-haeng de l'ETRI. « La personne qui apprend peut participer volontairement et les résultats sont donc 20% plus efficaces que l'enseignement à sens unique par texte ou vidéo.»

Le Gachon University Gil Medical Center utilise également des programmes de RV pour aider les personnes souffrant de troubles anxieux en les exposant à des situations qui peuvent être source de détresse mais dans un environnement contrôlé. 


La société de création de contenu VR Peligood propose deux packages d'expérience qui permettent aux utilisateurs de vivre un bout de leur vie en tant que personne ayant une déficience visuelle ou intellectuelle. Pour l'expérience de la déficience visuelle, les gens peuvent choisir parmi quatre types de déficiences différentes et exécuter virtuellement des tâches « simples » comme aller à la banque et utiliser un guichet automatique, traverser une route pour aller chez l'opticien, compléter des énigmes à la maison ou échapper un incendie à la maison.

En mode déficience intellectuelle, les participants s'assoient sur des sièges en forme de fauteuil roulant pour vivre une journée sous un autre angle, en voyant à quel point il est difficile d'atteindre les étagères plus hautes des magasins, de traverser un passage piéton sans feux de circulation ou d'éviter des personnes marchant rapidement sur les trottoirs. Peligood a co-développé ce programme avec le centre de protection des personnes handicapées Deokyang Haengsin à Goyang dans la province de Gyeonggi. Le programme est principalement utilisé par les centres de soins ou loué à des écoles et des centres éducatifs.


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