Corée du Nord : la vie sans Kim Jong-Il

1.2.12

Corée du Nord – Quand Ahn Cheol-Soo (ci-dessous), ponte du logiciel et de la protection informatique, récemment lancé en politique, et soit dit en passant pas loin d’être la personnalité la plus influente de Corée du Sud depuis l’été 2011 et son appui au futur-maire de Séoul, décide de donner son opinion sur un sujet qu’il n’a pas l’habitude d’aborder, il attire toute l’attention des médias. Il faut dire qu’il a un discours hors-norme, loin des politiciens dont la population estime en majorité qu’ils trempent dans des scandales financiers. Il porte le discours d’un entrepreneur, d’un homme simple mais au charisme indéniable malgré son (sou)rire un peu idiot. Alors que tout le monde voit en lui un présidentiable pour 2012 (bien qu’il réfute la possibilité d’une candidature) et qu’il dépasse Moon Jae-In dans l’opinion publique pour représenter le parti d’opposition, Ahn Cheol-Soo a décidé de donner son avis (tant attendu après un long silence sur le sujet) sur la Corée du Nord.

Rien d’officiel, mais une opinion partagée avec Kim Keun-Ship, professeur de politique à l’Université de Kyungnam, qui a décidé d'en faire part à la presse. Bref. Si, à l’aube d’une nouvelle dynastie en Corée du Nord, les préoccupations des politiciens et (par voie de conséquence) des médias portent sur la nouvelle gouvernance de Kim Jong-Un et la gestion de la crise du nucléaire en Asie du Nord-Est, Ahn semble porter une attention toute particulière aux mouvements commerciaux et à leur évolution dans la zone (tout comme les experts de la Corée du Nord). Une semaine après la disparition de Kim Jong-Il, Ahn se serrait laisser aller à une petite confidence quant à son inquiétude de voir la Chine accroître son contrôle sur la péninsule nord-coréenne. Alors que le régime nord-coréen est en mode « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? », beaucoup voit Pékin prendre petit à petit le contrôle de Pyongyang, profitant de l’absence complète de relations avec Séoul. Un fait qui inquiète les spécialistes, les relations commerciales Nord-Sud ne reprenant pas suite à la mort de Kim Jong-Il (et aucun signe ne montre une approche quelconque du gouvernement de Lee Myung-Bak, à quelques jours de la formation officielle du nouveau gouvernement nord-coréen), alors que les camions chinois ne cessent de passer la rivière Yalu, au Nord de la péninsule.

Réunification ou intégration chinoise ?
Cette question revient depuis des années dans la bouche des spécialistes de la Corée du Nord, et au regard de la situation actuelle, alors que nous sommes à un tournant historique dans la zone, rien ne laisse penser qu’une réunification des deux Corée est à prévoir à court, moyen ou long terme. La Corée du Nord le sait. Aucun signe montre la volonté de Pyongyang de renouer le contact avec Séoul depuis décembre et ce malgré un discours du Nouvel An « neutre » (entendre par-là sans aucune provocation quelconque) du président sud-coréen. Côté Kim Jong-Un, les experts attendent de voir ses orientations politiques : économique et/ou militaire. A en croire les visites récurrentes du jeune Kim dans des installations militaires depuis sa prise de fonction, il se pourrait bien que d’un point de vue économique, il limite l’ouverture du pays à ce que son père a pu faire jusqu’à récemment, à savoir accroître le commerce avec les pays frontaliers (Chine et Corée du Sud) par les zones de libre échanges.

Car 2012 doit annoncer prospérité et puissance au pays, une année très attendue par le peuple. Sur 2009 et 2010, le pays était en décroissance économique, avec respectivement -0.9% et -0.5%. Le bureau de l’Associated Press ouvert récemment à Pyongyang (preuve d’une nouvelle ouverture ?) a pu recueillir quelques informations d’un haut dignitaire nord-coréen qui a précisé que des changements économiques étaient à l’ordre du jour. La Corée du Sud qui a bloqué les échanges commerciaux intercoréens depuis mai 2010 se fait grappiller du terrain par la Chine, qui exploite de plus en plus de terrains en Corée du Nord avec une main d’œuvre bon marché. Selon le KOTRA (agence de promotion des échanges) et le ministère de l’unification, les échanges en volume entre la Chine et la Corée du Nord ont presque triplé (+185%) entre 2007 et 2011 (5,92 milliards de dollars), pour déficit nord-coréen de 700 millions de dollars. Sur la même période, les échanges entre le Sud et le Nord ont été réduits, de 1,79 milliards à 1,71 milliards de dollars (surplus nord-coréen de 114 millions de dollars). Les courbes ci-dessus parlent d’elles-mêmes. Le KITA précise qu’un quart du millier de boîtes sud-coréennes ayant engagé des activités commerciales avec le Nord sont encore en opération. Bref, sans réaction de Lee Myung-Bak et dans la perspective d’un nouveau pouvoir en fin d’année en Corée du Sud, l’espoir nourrit par certains coréens de revoir une péninsule unifiée pourrait vite partir en fumée…

Et au niveau local…
Concernant l’économie local, les étrangers faisant des visites fréquentes en Corée du Nord notent une certaine évolution entre 2007 et aujourd’hui. A commencer par une fréquentation beaucoup plus importante de Nord-Coréens dans les restaurants acceptant les devises étrangères. « Il n’est pas rare de voir des étrangers manger des glaces, des pâtes froides ou des jajjangmyeon à côté de nord-coréens » rapporte ainsi Geoffrey K. See, en voyage de formation à Pyongyang. « Les gens dépensent et semblent heureux de pouvoir dépenser leur cash ». Non, la Corée du Nord n’est pas devenue riche. L’écart entre riches et pauvres (comme partout ailleurs) ne cesse de s’accroître. Les entrepreneurs ont désormais des moyens, grâce à une multiplication des affaires avec la Chine. Mais cette redistribution ne touche pas les campagnes. Du coup, les 25% de population urbaine estimés en Corée du Nord peuvent être concernés par ce phénomène de consommation plus intense. De quoi soulever de la jalousie de la part de la majorité de la population…

L’activité commerciale nord-coréenne ne cesse en tout cas de se développer. Et si la balance commerciale sino-nord-coréenne gonfle, les investissements chinois en Corée du Nord permettent également à Pyongyang de connaître un nouveau souffle. Il y a certes les mines, qui plaisent fortement à la Chine, mais l’Empire du Milieu mise aussi sur les services en créant des joint-ventures pour des activités commerciales, la demande en capitale étant moins stricte que pour la co-production minière. Le supermarché Kwangbok, visité par Kim Jong-Il quelques jours avant sa disparition, est par exemple une affaire sino-nord-coréenne. Un jeune sud-coréen exprimait à M. See sa reconnaissance à la Chine et ses investissements, mais aussi ses craintes de voir un pays extérieur venir chercher « les matières premières afin de les transformer en produits et les réexpédier sur Pékin ». Cela n’aide effectivement pas le développement de l’économie locale.

La Corée du Nord : future (quatrième) province pauvre du Nord-Est de la Chine ou économie en chute libre dont l’avenir n’a jamais été aussi incertain…

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