Corée du Sud : Yongjugol, lieu de détente...

21.2.12

Société – Les jeunes coréens engagés pour près de deux ans de service militaire ont parfois la malchance d’atterrir dans des zones « à risque », comprenez par-là la zone démilitarisée à la frontière entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. Qu’il soit d’ailleurs officiers, commandants ou simples engagés, ils sont rapidement rongés par l’ennui dès qu’ils ont un peu de temps libre. C’est en tout état de cause le cas du côté de Yongjugol, à proximité de Paju, perdu dans les montagnes au Nord de Séoul. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce petit village au Sud de la montagne Myeonghaksan a la particularité de compter pas moins de 70 lupanars, 10 le jour et une soixantaine la nuit. Un genre de BMC (bordel militaire/mobile de campagne) plus ou moins officiel, la prostitution étant illégale en Corée du Sud mais clairement accessible, des rues entières leur étant consacrées dans les métropoles et plus petites villes du pays.

Un membre du ministère de la défense qui a souhaité garder son anonymat a indiqué à un journaliste que lorsqu’il commandait dans son régiment, de nombreux militaires étaient financièrement endettés à cause de multiplier les sorties dans les bars afin de terminer avec une compagne d’un soir, des soirées à au moins 500 000 wons (445 dollars). Du coup, il n’hésita pas à limiter les sorties de son régiment à une distance les emmenant dans une ville où des bordels leur permettaient de se faire plaisir pour seulement 100 000 wons. Une bonne solution selon cet officiel pour ne pas mettre en péril les finances et la santé du régiment, l’utilisation des préservatifs étant obligatoires pour les prostitués de ces bordels, tout comme les check-up réguliers chez le médecin. Ce n’est en effet pas le cas des jeunes femmes qui vendent leur corps dans les « room salons », les « centres de massages » ou encore les « singing/kiss/phone rooms »… A Yongjugol, les habitants estiment que 5 à 10% seulement de militaires sont des clients des bordels de la ville. D’un autre côté, les militaires qui se rendent dans ce village s’habillent en civil. En effet, de nombreux jeunes enrôlés gardent leur vêtement de ville dans leur caserne, bien que cela soit interdit, afin d’échapper à l’attention de leurs supérieurs. Un sergent, qui a pourtant interdiction de parler aux médias, avoue que les « services de Yongjugol sont excellents à des prix raisonnables pour un grand choix de femmes ». A l’écouter, on se croirait presque dans un supermarché.

Mais que fait la police ? Le patron de l’équipe anti-prostitution à la station de police de Paju, Song Ki-Seob, est fier d’avoir mis la main sur 22 cas de prostitutions illégales dans son district, dont 8 dans le village de Yongjugol. Mais les effectifs sont trop faibles à les écouter, un argument justifiant le nombre de fermeture de bordels encore trop léger. « Nous avons besoin de davantage d’agents infiltrés et de renforts pour pouvoir combattre la prostitution dans notre région » affirme l’inspecteur en chef, qui précise qu’encore trop peu de gens sont sensibilisés au fait que la prostitution est illégale en Corée et qu’une personne peut être envoyée devant la justice pour s’être offert les services d’une prostituée. De son côté, le responsable du comité des prostitués de Yongjugol, Kim Jong-Soo, sait très bien que les bordels ne cesseront pas leur activité à moyen terme. « La prostitution était le principal revenu de la ville de Paju lorsque l’armée américaine était établie dans cette zone. La ville s’est développée grâce à nous » n’hésite pas à affirmer cet homme qui attend la validation d’un projet de reconstruction, approuvé par 70% de la population locale en 2011, mais qui ne trouve pas de financements de la part du gouvernement central et local.

Fait amusant : le nom du village « Yongjugol » écrit sur le moteur de recherche Naver renvoie vers une page interdite aux mineurs (moins de 19 ans).


(Citations traduites en français, initialement recueillies par le journaliste Lee Tae-Hoon, Korea Times)

Vous pourriez aussi aimer

0 avis