Corée du Sud : l'art de jongler entre croissance économique et pauvreté

26.2.13

ÉDITORIAL - La Corée du Sud nourrit depuis des années un système d'accès aux emprunts tel qu'une grande partie de la population s'est endettée depuis une dizaine (voire une vingtaine) d'années et n'arrive plus à refaire surface. Emprunt de centaines de milliers d'euros des jeunes couples pour se loger "convenablement" (nécessaire aux yeux des familles des mariés), emprunt d'un membre du couple pour aider sa propre famille sans en avertir son époux(se), emprunt pour l'éducation des enfants, emprunt pour tout simplement la consommation quotidienne, emprunt pour toujours se montrer en bonne santé financière auprès des amis ou de la famille, etc. En 2012, près de six foyers endettés sur dix (58.9%) avouent avoir de gros problèmes pour rembourser les dettes qu'ils ont accumulés, selon une enquête menée par la banque centrale sud-coréenne auprès de 2 199 foyers. La part des foyers fortement endettés, autrement dit ayant une dette représentant plus de 40% du revenu du foyer, atteint les 13.1% des foyers endettés et 18% des foyers endettés sont en retard dans leur remboursement de dettes. Les raisons sont claires : baisse des revenus dans 34.3% des cas, augmentation du coût de la vie dans 23.8% des cas, et le fardeau des remboursements d'emprunts dans 21% des cas. 62.3% avouent dans cette enquête qu'ils s'attendent à vivre des années difficiles pour rembourser tout ce qu'ils ont emprunté.

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Une analyse en profondeur de l'état de la société menée par l'institut coréen des affaires sociales et de la santé révélait la semaine dernière que la proportion des foyers sortant d'une situation de pauvreté était de plus en plus petite. En prenant les revenus de 5 637 foyers entre 2005 et 2009, l'institut a constaté une chute de 4,1 points de pourcentage entre 2005-2006 et 2008-2009, la proportion des foyers sortant de la pauvreté passant respectivement de 35.4% à 31.3%. La Corée du Sud doit probablement trouver un nouveau moyen de rebondir, car le miracle de la rivière Han (sous l'administration du président-dictateur Park Chung-Hee) est bel et bien terminé. En entrant dans l'ère de la globalisation, la croissance économique du pays a progressivement ralentit, le pays passant d'un statut de pays en développement à pays développé. Sous Kim Yong-Sam (93-98), la croissance économique moyenne était de 7.4%, avant de descendre à 4.8% sous Kim Dae-Jung (98-03), 4.3% sous Roh Moo-Hyun (03-07), puis 2.9% sous Lee Myung-Bak (07-12). Que dire de la distribution des revenus par rapport au produit intérieur brut. L'essor a été conséquent sous Kim Yong-Sam et Kim Dae-Jung (de 10 000  à 21 632 dollars), avant de voir sa croissance ralentir de manière importante à partir de 2005 (22 489 dollars aujourd'hui).

Est-ce que le second miracle de la rivière Han arrivera sous la présidence de Park Geun-Hye (61), officiellement au pouvoir depuis hier matin ? A la croire durant son discours inaugural, oui. Et ce miracle sera possible via une économie créative combinée à une compétition équitable. Pour Park, fini l'industrialisation du pays. Il faut désormais porter le peuple et la croissance économique en même temps, et ne pas compter sur une corrélation positive ou négative entre les deux. "La nouvelle administration inaugurera une nouvelle ère d'espoir fondé sur une revitalisation de l'économie (économie créative via la convergence des sciences et des technologies avec l'industrie et la fusion de la culture et du monde des affaires, et démocratisation de l'économie), la joie du peuple et l'épanouissement de notre culture (via un système social sur-mesure et une éducation basée sur la créativité)" s'est exclamée Park Geun-Hye, avant de laisser place au chanteur Psy pour sept minutes d'intermède musical. Probablement la volonté de souligner que Psy est bien "Made in Korea".

 Par Arosmik, 26 février 2013, 06h38, Séoul

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1 avis

  1. Excellent article, la réalité n'est pas toujours celle que l'on pense !

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