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France-Corée : qui me fait rêver ?

16 janvier

ÉDITORIAL - Pourquoi de nombreux français qui viennent s'installer définitivement en Corée du Sud ou plus largement en Asie (ou encore dans d'autres destinations bien au-delà des frontières de l'hexagone) semblent ne plus voir d'avenir dans leur propre pays d'origine ? Peut-être parce que depuis des années et des années, les gouvernements successifs n'arrivent pas à faire de la France un pays innovant, un pays d'entrepreneurs, un pays d'avenir (et ce malgré les quelques success stories que nous connaissons). Oui, l'Insee montre aujourd'hui que l'entrepreunariat fonctionne, avec un nombre de nouvelles entreprises qui se stabilisent en 2011 (549 975 nouvelles sociétés en France). Mais ce que le rapport ne dit pas c'est que la moitié porte sur l'auto-entrepreunariat, un régime "bien français" qui fait bénéficier d'avantages anormaux trop souvent des "pseudo-créateurs d'entreprises" (auto-entrepreneur pour des activités d'appoint lorsqu'il est temps de retourner au pôle emploi), dont un quart seulement transforment l'essai en créant une microentreprise. Et dans ce quart, 90% touchent un revenu inférieur au SMIC.

L'éducation à la française forme de jeunes cadres d'entreprises. Bien. Mais comment peut-on entreprendre si l'on nous apprend qu'à faire du contrôle de gestion, de l'ingénierie ou du marketing pour des sociétés qui sponsorisent nos études et dans lesquels nous finiront, bien fiers, avec un salaire de cadre et nos RTT. Où sont les clés d'avenir ? Que veut faire un étudiant en première année d'une université ou d'une grande école de commerce française ? Créer sa société ? Probablement pas. Innover ? Développer ? Créer et transmettre sa créativité ? Un champ lexical trop peu apprécié du corps professoral français (excepté peut-être dans les quelques universités tournées vers le management et la création d'entreprises). Mais pour vouloir cela ne faut-il pas avant tout avoir un esprit tourné vers l'avenir. Ouvrez votre journal et lisez les grands titres : menace, abandonne, mort, islamiste, retard, suicide, bredouille, manif, tués, coup de feu, viol, crise, attaque (mots tirés du Monde, du Figaro et des Echos le 14 janvier 2013). Ceci explique peut-être cela.

Revenons-en à nos moutons : la Corée du Sud. Pourquoi les Coréens croient-ils en leur pays ? Tout d'abord, une raison simple, qu'il serait difficile d'appliquer d'une manière ou d'une autre à la France (pays de la critique, bonne comme mauvaise), qui tient tout simplement à la culture du pays. Les Coréens ne font qu'un. L'empreinte marquée du confucianisme lors de la dynastie Joseon dure et perdure dans la péninsule coréenne. Et c'est dans cette philosophie confucianiste que se retrouve l'esprit d'unité, d'harmonie au sein du corps social qui a longtemps permis aux têtes pensantes d'Asie de l'Est de diriger leur peuple ces derniers siècles (lire l'approche accélérée de L'histoire de Corée du Sud). Les Coréens sont derrière leur pays, dans la joie comme dans la douleur. Revisionnez les images de Séoul lors de la Coupe du Monde de Football 2002 pour comprendre à quel point le peuple ne fait qu'un lorsqu'il s'agit de soutenir un enjeu national. Quid de la campagne de porte à porte lors de la crise asiatique de 97-98 qui incitait les Coréens à donner leur or et leur argent afin de soutenir le pays. Ou plus récemment (2008) le nombre de manifestants pour s'opposer aux importations de boeufs américains. Ou encore en décembre dernier avec la masse populaire sur le parvis de la mairie pour écouter le premier chanteur coréen devenu star internationale (Psy), véritable fierté nationale. Si tout le monde va dans le même sens, tout en gardant assez d'esprit critique pour ne pas tomber dans un système totalitaire, cela a plus de chances de fonctionner que lorsque tout est toujours remis en cause.  

La deuxième raison, c'est l'esprit de corps des médias. S'ils sont pour beaucoup dirigés, certes, par le gouvernement ou les grands conglomérats locaux, ils ne cessent de promouvoir la bonne santé de l'industrie locale et l'avenir du pays. Et même si les promesses annoncées d'investissements pour les 5 ou 10 prochaines années dans tel ou tel secteur ne seront au final pas toutes entièrement tenues, elles ont le mérite de donner une direction aux plus jeunes générations qui tous les matins ouvrent le journal et voient que leur pays bouge, que leur pays va de l'avant. Une raison valable d'étudier et de tout donner pour son pays. Ouvrez les journaux économiques ou orientés business coréens de ces derniers jours et vous pourrez lire les titres suivants : "SK Group va investir 16 milliards de dollars cette année", "La Corée devient la 8e nation mondiale dans le domaine des échanges commerciaux", "LG Group va faire son investissement le plus important de son histoire avec 18,80 milliards de dollars cette année"... Vaut-il mieux donner de l'importance aux faits-divers dépressifs nationaux ou internationaux, ou bien aux investissements des fleurons nationaux ? Est-il préférable de poser en marinière avec un produit Made in France sous le bras ou proposer des mesures phares d'investissements dans la recherche et le développement ou le soutien aux entrepreneurs ? Sera-t-il un jour possible de voir en une des journaux français, et ce de manière constante, que quelques-uns de nos fleurons nationaux prévoient des investissements massifs dans tel ou tel secteur ?

La troisième raison que l'on pourrait citer vient des mesures du gouvernement. Sur 2013, le nouveau gouvernement coréen a voté pour un budget de 2 200 milliards de wons (2,08 milliards de dollars) destiné uniquement à la recherche et au développement, un budget en constante augmentation (+6,4% par rapport à 2012). Une nouvelle qui fait bien entendu la une de tous les médias locaux. Dans ce budget, 993,1 milliards de wons iront tout droit au développement des sciences basiques et 469,1 milliards de wons seront destinés au développement des technologies nouvelles et des capacités d'innovations indigènes. 266,2 milliards seront pour les programmes de recherche nucléaire, 202,3 milliards pour la recherche sur la fusion et l'accélération de particules nucléaires, 167,3 milliards pour le développement spatial et 93,5 milliards pour l'introduction au monde de ses sciences et technologies. Bref, le pays investit dans la recherche, le développement, l'innovation, et ce de manière massive.

Il est vrai qu'après, il faut voir tout cela de manière quotidienne. Le taux de chômage des jeunes ne cesse d'augmenter, le taux de suicide de la Corée du Sud est le plus élevé des pays membres de l'OCDE, les jeunes s'endettent à n'en plus finir, la population commencera à vieillir dans moins d'une décennie, La bulle immobilière ne va pas tarder à exploser, Samsung et ses conditions de travail inhumaines, etc. Les facteurs macro (et parfois micro)-économiques laissent à désirer pour l'avenir de la Corée du Sud, mais le fait est que ces données n'apparaissent que très rarement en Une des grands journaux nationaux, à l'inverse de ce que l'on trouve dans l'hexagone. Et ce sont bien les médias qui donnent le pouls du pays à sa population.

Par Arosmik, 14 janvier 2013, 20h56, Séoul

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14 avis

  1. Je ne suis pas persuadé que ne donner que des nouvelles positives aide vraiment le pays à s'en sortir... Chaque pays a ses avantages et ses défauts. Il faut bien vivre quelques part et on ne peut pas dire que la Corée du Sud soit vraiment un paradis ou il fait bon vivre au quotidien(quelque soit sa classe sociale). L'herbe est toujours plus verte ailleurs.

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  2. le "positivisme" n'aide pas à s'en sortir, mais il permet de croire en quelque chose, possiblement que son pays à un avenir. positiver = bonne humeur, espérer, voir le bon côté des choses. en france, c'est la déprime totale. Tout le monde tire la gueule parce que du matin au soir on nous rabache que le monde (et la france) tourne mal. le "négativisme" pousse vers l'agressivité et la deprime. a l'heure actuelle, partir vivre en asie, bien que les conditions ne soient pas les meilleures, est plus tendance que partir vivre en france. a mon sens, oui, l'herbe est bien plus verte en asie qu'en france.

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  3. Tout est une question de point de vue...C'est sur que si l'on regarde que le dynamisme économique, on peut jalouser la Corée du sud. Mais bon, personnellement je ne m'arrêterai pas là...La conclusion de l'article me fait sourire, début février je vais héberger une sud-coréenne qui vient s'installer en France. Comme quoi la France est aussi attractif pour les asiatiques. Notre richesse ne repose pas sur l'économie, mais ça beaucoup de gens ne le voit pas puisque que l'argent est leur obsession.

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  4. Je suis tellement d'accord avec le début de l'article au sujet de l'éducation à la française... C 'est exactement ce que mes camarades et moi même, en fin de master, nous ressentons.

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  5. Intéressant. Ca ressemble beaucoup à Singapour tout ça, en particulier la fierté nationale et le contrôle des médias : http://singapour.blog.lemonde.fr/2013/01/10/douze-mois-et-un-portrait/
    Vincent

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  6. Ce qui est rigolo c'est que beaucoup de mes amis coreens detestent la Coree et voudraient s'installer en France ~ Comme quoi :)

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  7. @Laetitia: il ne faut pas croire que les Coréens sont moins déprimé. Beaucoup, et le pourcentage est plus élevé qu'en France à mon avis, sont d'ailleurs tenté par l’émmigration.

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  8. Je trouve l'article complètement biaisé car trop de parti pris pour la Corée (juste le négatif de la France, juste le positif de la Corée)
    Vous parlez de liesse populaire pour la coupe du monde, on a connu ça aussi en 1998... des manifestations contre la viande boeuf americaines... et les OGM en france?

    Vous parlez de la perspective d'avenir des jeunes étudiants FR.. Mais quand est il des jeunes coréens?
    La plupart rêvent d'être fonctionnaire... et vont finir fonctionnaire...
    Tous les exemples méritent d'être contrebalancé..

    Comme le dit certaines personnes plus haut pas mal de coréens aiment la France et les pays etrangers et la plupart de mes amis coréen veulent sortir du "moule" coréen et partir de Corée, certains le font, d'autres ont moins le courage ou pas la possibilité

    Concernant l'attrait des FR pour la Corée, disons que l'herbe est souvent plus verte ailleurs, voir un autre pays, une autre culture etc, c'est toujours plaisant et palpitant au debut...
    Mais faut pas se leurrer, le gros boom des FR qui sont maintenant en Corée c'est du à la kpop... Et leurs avis si on les interroges seront pas vraiment objectifs.. Si vous parlez a un jeune "pas fan de kpop", je ne suis pas sur que ce pays le fasse si rêver que ça,
    ( je parle d'installation à long terme pour un FR, et tout ce que ça implique, mariage, condition de travail, éducation, santé, bouffe etc...)

    Tout le côté face de la pièce qu'on oublie souvent

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  9. il fallait lire *et font finir salarymen

    desole j'ai commence a ecrire ce commentaire sur iphone mais impossible de poster avec safari/chrome sur ios
    du coup j'ai du switcher sur l'ordi

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  10. @tobi : je suis une jeune "pas fan de kpop" et la Corée me fait rêver...
    C'est vrai qu'au long terme c'est plus compliqué mais c'est simplet de limiter les jeunes qui viennent ici à des fans de kpop.

    Bien sûr nombreux sont les jeunes coréens qui sont fatiguées de la société coréenne et aimeraient s'expatrier, mais il est très facile de voir la différence de vitalité et d'essor entre la France et la Corée, malgré les côtés sombres évoqués en fin d'article.

    @Nanou: Les coréens qui viennent en France définitivement ne viennent pas par intéret professionel mais pour notre mode de vie. Ce n'est pas une question d'avenir mais de bon vivre, le but est différent. Ne mélangeons pas tout.

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    1. *Je vis en Corée actuellement.

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  11. Je vis actuellement en Coree, je suis mariee a un coreen. Avec autant de suicides, peut-ob dire qu'ils sont heureux? 10 Jours de vacances par an, heures supp jusque tard dans la nuit voire toute la nuit jusqu'au matin,risque de se faire virer pour n'importe quoi.. Perso y a pas de quoi etre fiere! Malfre tout, j'aime bien la Coree, au moins autant que la France, mais pretendre que l'un est meilleur que l'autre, non!

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  12. Il me semble qu'en Corée (quelqu'un peut-il confirmer?), le temps légal du travail hebdomadaire est de 40h extensible jusqu'à 52h sans indemnités...Alors oui, économiquement parlant c'est intéressant. Humainement parlant c'est plutot moche!

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  13. Je suis entièrement d'accord avec les commentaires. L'article explique le travail et l'attrait pour la Corée de façon un peu simpliste. En effet il existe une unité sociale et culturelle chez les coréens mais il me semble qu'elle existe aussi en France. En ce qui concerne le travail en Corée il faut certainement remettre les choses à leur place. Un étudiant coréen ayant finit ses études n'hesitera pas a se déplacer dans n'importe quelle quelle autre ville pour trouver un travail, quitte a laisser derrière lui sa famille et amis, tout ça pour un salaire qui n'a pas a faire palir de jalousie les français (je parle pour les ingenieurs). La Corée n'est pas un pays de choix mais de bon sens a mon avis. Les jeunes ne font pas forcement des études qui leurs plaisent mais des études dans lesquelles ils seront surs de trouver un travail quitte a être moins épanouis.
    Ensuite, et par experience, la Corée est peut être un pays beau et interresant pour les français mais il ne faut pas oublier les conditions de vie en Corée et surtout s'interroger sur le prix du logement. Un français ne retrouvera pas le confort d'habitat de la France, surtout en début de carrière et sans économies. La Corée offre un dépaysement certain à tout étranger venant s'y installer mais il ne faut pas aussi occulter les problèmes que l'on peut rencontrer dans un pays aussi nationaliste. Nous sommes et nous seront toujours des étrangers à leurs yeux.

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