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Edito 5 : Sans maîtrise, la puissance n’est rien

03 mai

Alors que se profile une rencontre entre le président sud-coréen Lee Myung-Bak et son homologue français Nicolas Sarkozy le 12 mai prochain, un constat est venu frapper mon esprit : la France et la Corée du Sud ne sont-elles pas faites pour s’entendre comme jamais ce ne fut le cas jusqu’à présent tant Lee Myung-Bak et Nicolas Sarkozy se ressemblent dans leur style ? Celui que l’on appelle « 2MB » ou encore « Le Rat » au Pays du Matin Frais et l’autre baptisé « Le Petit Nicolas » ou « Iznogoud » dans l’hexagone ont de nombreux points communs qui auraient finalement pu profiter aux relations bilatérales bien plus tôt que la visite organisée la semaine prochaine du premier chez le deuxième. Après tout, qui se ressemble s’assemble…

Des ressemblances politiques

Tous deux ont été
élus en 2007. En France, il prend ses fonctions en mai et en Corée du Sud, après avoir remporté les élections en décembre 2007, il prend le pouvoir en février de l’année suivante. Tous les deux élus pour cinq ans, le premier espère reprendre du service pour cinq nouvelles années en 2012 tandis que l’autre devra se battre pour qu’une personne du même parti vienne prendre sa place, un seul mandat étant possible dans la péninsule sud-coréenne. Tous les deux sont passés par des mairies d’envergures différentes avec Nicolas Sarkozy du côté de Neuilly-sur-Seine (1983-2002) et Lee Myung-Bak à la tête de l’une des plus grandes mégalopoles du monde, Séoul (2002-2006).

Du point de vue religieux, les deux hommes sont chrétiens avec un français catholique et un coréen adepte de l’église presbytérienn
e (forme de protestantisme lié à l’Écosse où la hiérarchisation du clergé de l’église catholique est rejetée).

En politique, il semblerait que le « népotisme » fasse partie de leur « programme présidentiel »
: on se souvient de Jean Sarkozy en France alors qu’en Corée, près de 300 personnes recensées en février 2011 seraient des proches du président (amis, camarades de classe, famille, etc.). D’un point de vue plus positif, le côté « Global » de ces présidents. Lee Myung-Bak s’est chargé du sommet du G20 en 2010 et Nicolas Sarkozy prend la relève en 2011. Ces deux présidents sont aussi très présents sur la scène internationale, tous les deux faisant tout leur possible pour se rapprocher du président américain Barack Obama ainsi que les alliés dans leur zone respective.

Un attachement aux « influen
ts »
Côté « business », disons que ces deux hommes sont liés au milieu de l’entreprise, ou plutôt des grandes entreprises. L’attachement remarqué de Nicolas Sarkozy pour « son meilleur ami » Martin Bouygues (témoin avec Bernard Arnault, président de LVMH, lors du second mariage du président avec Carla Bruni, vacances sur le yacht de Bolloré, etc.) ainsi que d’autres grands patrons français (Lagardèr
e « le frère », Rothschild « l’apolitique », Dassault « le libéral », Pinault « le chiraquien », Desseigne « l’ami personnel », Bernheim « le patriarche ») n’est pas sans rappeler le support constant apporté par le président Lee Myung-Bak aux grands chaebols, ces conglomérats familiaux qui sont les piliers de la péninsule coréenne.

La carrière du président sud-coréen chez Hyundai Construction n’est pas étrangère à cela : il débute dans le groupe en 1965 avec 90 employés et quitte son poste 27 ans plus tard alors que l’entreprise compte 160 000 salariés.
Surnommé le « bulldozer », il est à l’origine de nombreux contrats à travers le monde et les bonnes relations entre le groupe et des pays comme l’URSS, Singapour, le Cambodge, la Malaisie ou encore la Chine. Son attachement pour ce conglomérat se retrouve beaucoup dans sa politique actuelle où il rencontre très souvent les pontes coréens de ces chaebols pour faire avancer l’économie sans trop déranger les grands groupes. Et c’est là que nous entrons dans des ressemblances pouvant être qualifiées d’ « inquiétantes ». Car qui dit « grand groupe », dit bien souvent « média »...

Sans maîtrise, la puissance n’est rien

Pirelli. Oui, c’est bien le slogan du groupe de pneumatiques qui est appliqué à
ces deux hommes politiques en guise de cinquième éditorial de l’année. Pourquoi ? Tout simplement parce que depuis le début de leur mandat, ils font preuve d’une incroyable maîtrise des médias et du calendrier pour faire passer en douce ce qu’ils veulent faire passer. A l’heure de l’information en temps réel et des nouvelles technologies, les deux pays (la France et sa liberté de la presse d’un côté et la Corée du Sud, premier pays connecté à Internet et à l’info en ligne) ont su montrer leur capacité à gérer les dossiers chauds (voire brulants). Une nouvelle ressemblance entre les deux hommes qui n’est pas passée inaperçue. Remaniements ministériels, information qui fait le buzz pour cacher une information dérangeante les concernant, liberté d’expression dans les médias… les deux présidents savent choisir le bon moment et les bons médias pour maîtriser l’opinion publique. Comme on dit, ils ont le bras long.

Nicolas Sarkozy fera virer par exemple Alain Genestar de la direction de Paris-Match suite à une couverture avec sa future ex-femme accompag
né de son nouveau compagnon, tout cela grâce à un coup de fil à son ami Lagardère, président du groupe propriétaire du magazine. De même, il empêchera la publication d’une biographie de Cécilia Sarkozy ou il fera interdire certains titres d’articles dans les grands journaux nationaux (Libération, Le Figaro, etc.).

De son côté, Lee Myung-Bak est également très fort pour se sortir d’affaires dérangeantes. Il sait faire passer les messages dans n’importe quel média au moment où il le souhaite. L’un des exemples les plus récents date d’il y a quelques jours. Alors qu’un scandale est en marge d’éclater dans la presse par rapport à son implication dans le groupe BBK (société montée illégalement), qui avait déjà créé un petit scandale en 2007 avant sa nomination à la tête du pays, une affaire plus people et qui de fait intéresse davantage l’opinion publique éclate dans les médias (Sports Seoul avant toute la presse) au même moment (affaire Seo Tae-Ji et E Ji-Ah). A moins d’un grand hasard, cela semble assez étrange. Et pas plus tard que mercredi dernier, le 27 avril, ça recommence avec un « arrangement calendaire » : alors que le pays prépare des élections partielles et que le gouvernement sait bien qu’il lui sera difficile de faire un bon score, les taxes de santé appliquées par le ministère de la santé qui doivent être annoncées le 25, jour de paie dans la plupart des entreprises coréennes, ne le sont finalement pas.
Un retard d’annonce qui permet de ne pas se prendre une véritable « racler » trois jours plus tard, l’opinion publique n’appréciant bien évidemment pas les augmentations de taxes.

Enfin, la manière dont Lee Myung-Bak impose sa patte sur les médias n’est pas sans rappeler la maitrise « sarkozyenne » des médias… dès sa prise de pouvoir, il place ses alliés à des postes stratégiques dans les grands médias. Puis, mi-2009, une loi passe à l’Assemblée nationale afin d’autoriser les grands conglomérats, maison d’édition et agences d’information à prendre le contrôle jusqu’à 20% des chaînes de télévisions (article ici). L’entrée dans la danse des conglomérats (les « amis de 2MB ») leur permet de faire du lobbying si certains programmes ne leur plaisent pas.

Bref, la France et la Corée du Sud sont proches, même en termes de "liberté de la presse". Le classement 2010 le prouve finalement bien : la Corée du Sud est 42e et la France 44e sur les 178 pays analysés par Reporters sans Frontières (voir le classement complet). A moins que cela ne soit un problème plus global... Freedom House révèle aujourd'hui que la liberté de la presse internationale n'a jamais été aussi basse sur les 10 dernières années.


La ressemblance entre les deux hommes est flagrante à tous les niveaux. Étonnant cependant qu’il n’y ait pas eu plus d’ententes et de rencontres entre les deux hommes depuis 2007. Les discussions du 12 mai pourraient peut-être finalement déboucher sur une amitié non décelée jusqu’à présent entre 2MB et le Petit Nicolas...

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